Marianne déprime !

Et pourquoi donc, mon bon monsieur ?

Et puis, est-ce grave ?

Le moral des Français serait au plus bas; c’est un sondage qui le dit.

Dans son annonce, le journaliste de la radio insiste lourdement, visiblement troublé par cette découverte (un bienheureux dans sa bulle !), soulignant le rang de notre pays eu égard à certaines républiques caucasiennes…

C’est une étude mondiale réalisée par les instituts de sondage BVA-Gallup !

A cette annonce, deux observations s’imposent :

  • le journaliste a bien de la chance LUI, s’il ne déprime pas ! Immergé dans un milieu hostile, il exerce dans une radio d’Etat et reçois dans les tous premiers les dernières informations des diverses catastrophes s’abattant sur le monde …
  • concernant la France, fallait-il être grand clerc alors qu’il suffit de lire les journaux, regarder les chaînes d’informations et discuter avec le voisinage pour s’en rendre compte, à peu de frais ?

Ceci dit, le fait que cette démarche soit entreprise révèle l’état d’esprit des populations concernées, la conscience de soi et les aspirations de chacun.

Mais surtout, que quelqu’un ait envisagé de vérifier la « tendance » prouve qu’un « faisceau d’indices, de présomptions et d’informations » concordant parviennent à être remarquables au point d’être relayés et déclencher une « alerte » ou poser question.

Quels sont les domaines touchés par une crise capable de saper le moral des Français, réputés « bons vivants et génétiquement râleurs » (mais aussi grands consommateurs d’antidépresseurs).

J’en vois quelques uns. A tout le moins, vous trouverez : l’incertitude sur le travail, la hausse du coût des charges incompressibles (alimentation, loyers, téléphone, chauffage, carburant …) mais aussi tout ce qui ruine la cohésion sociale (dysfonctionnement de la Police, de la Santé, de l’Ecole, piliers de l’ordre régalien, garants de la démocratie et de la foi en l’avenir).

Petit arrêt sur des projections macro-économiques :

Si certains observateurs pensent que la reprise économique est en cours et va bénéficier aux « pays développés » tandis que les « pays émergents » verrons leur croissance confortée, je crois qu’ils se bercent d’illusions. En recommandant aux investisseurs de se positionner sur les valeurs boursières en affaire avec les pays émergents, ils poussent les occidentaux à investir la-bas.

Ce déplacement de richesses, investies, produites et distribuées ne va-t-il pas aboutir à nous être préjudiciable ici ? Cela revient en quelque sorte à expatrier des richesses, pour profiter là-bas de la croissance mais pour des « miettes » au bénéfice de quelques-uns d’ici… Sans parler de la controverse sur les 35 heures

Je considère que nous ne sommes pas loin de toucher le fond.

Quels éléments me poussent à le croire ?

Mon implication dans le monde associatif ordinaire.

Pourquoi ce secteur-là représente-t-il un bon indicateur ?

Parce que les associations relèvent du BENEVOLAT, c’est à dire à l’engagement gratuit, désintéressé, souvent modeste dans l’engagement (type « club de bridge » ou « joyeux pétanquistes ») et le budget (à peine quelques euros pour l’année).

Nous sommes là dans le cadre « heureux » du club de loisir, pour le plaisir d’être ensemble.

Or, du plaisir, une certaine insouciance, il n’y en a plus !

S’il est vrai qu’un même reproche perdure (« ce sont toujours les mêmes qui font tout ») couplé au constat amers du renouvellement annuels de membres pas franchement assidus, je décèle une véritable fatigue, une usure qui décourage les plus assidus et les plus entreprenants.

Je constate également une érosion inquiétante du renouvellement du « sociétaire de base » (notez au passage que les associations regroupent des sociétaires et que les sociétés disposent d’associés !).

Les raisons sont multiples et malheureusement irrésistibles : les rythmes de travail, les horaires décalés, les familles décomposées, les pathologies affectant les quadragénaires, maladies inimaginables pour cette tranche d’âge-là il y a trente ans !

De la sorte, nous touchons, à travers le monde associatif à l’empathie générale. Toute atteinte à sa diffusion tend à confirmer que le moral des plus engagés se dégrade alors même que la France tient la réputation d’avoir une population où tout le monde est « président » de quelque chose …

J’y vois là le malaise profond que cette étude révèle avec force ratio et formules mathématiques.

Et oui, c’est particulièrement inquiétant pour l’avenir.

Cela me rappelle le schéma si dévastateur d’un cabinet de consultants sur la gestion du changement : à l’annonce d’un bouleversement, après l’accablement qui le suit, vient la rébellion, la tentative de coopérer, la dépression, la fuite (démission, suicide) et/ou le rebond (reprise en main de soi et de son avenir avec une possible reconversion).

Depuis quelques années, les journalistes trouvent les Français abattus, résignés. L’automne et la réforme des retraites nous les ont présentés rebelles et vindicatifs, tout comme ceux qui ont fait le siège de leurs usines menacées de délocalisations. Les prochaines semaines, avec leurs échéances électorales pourraient révéler bien des dangers : la fuite des isoloirs ou des résultats particulièrement extrêmes … symptômes de ce mal-être.

Si cela n’était pas si grave, je lancerai les paris.

Mamouchka.

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Une réponse à Marianne déprime !

  1. Je partage, j’ajoute qu’en période de changement, nous avons des phases de refus, de déni puis de confusion avant le renouveau. Confusion plus crises multiples dans une société complexe = tout peut arriver, le meilleur comme le pire.

Les commentaires sont fermés.