Po hydraulik, kierowca polska !

(Après le plombier, le livreur polonais !)

Il se pourrait que je sois une indécrottable sentimentale !

Politiciens, syndicalistes et juristes ont beau agiter comme une menace la main d’œuvre des récents Etats intégrés à l’Europe, je ne pense qu’à compatir à leurs difficultés de vivre.

Oui, un salarié de l’est coûte moins cher.

Oui, recourir à cette main d’œuvre qualifiée et « low cost » pénalise nos petites entreprises locales.

Oui, il est scandaleux de ne pas appliquer le droit national aux travailleurs étrangers exerçant dans nos frontières.

Mais que je sache, ces gens-là sont victimes du système, tout autant que nous le sommes.

Car ce sont les dirigeants des Etats membres qui exigent et décident de lois libérales socialement contestables.

Car ce sont les structures européennes qui sont dévoyées, à la suite du renoncement à l’idée d’un progrès social protecteur au profit de règles économiques brutales dont l’OMC n’est qu’un prétexte.

Car il n’existe pas de mobilisation, ni de formation syndicale pan-européenne puissante, pour faire front contre ce détricotage préjudiciable aux populations laborieuses et citoyennes…

Afin de mieux illustrer mon propos, voici l’exemple d’un jeune polonais que je connais. Il pourrait s’appeler Casimir, Landislas ou Constantin, mais non ! Son prénom sent bon la Provence, comme échappé d’un roman de Marcel Pagnol !

Nous nous sommes rencontrés au supermarché du coin, au rayon « ampoules ». Parce que je m ‘étonnais d’une spécification technique, voici que ce jeune homme me balbutie en anglais qu’il ne parle pas le français.

Je poursuis donc la conversation dans la langue de Shakespeare. Parce qu’il m’explique que le prix est particulièrement bas (« chez moi, c’est 8 € la boite »), je comprends qu’il n’est pas un sujet de sa gracieuse majesté.

Je me retourne franchement pour l’observer : un « grand » (toute chose égale par ailleurs, je suis un petit gabarit) brun, souriant et gêné.

Je continue mes achats.

Je le retrouve au rayon « linge de maison », à la recherche d’une couette chaude.

C’est qu’il fait froid la nuit dans le camion (nous sommes en janvier, la neige a fondu il y a deux jours à peine). Dans de telles conditions, il est impossible de dormir correctement; sans parler des vigiles des parkings de certains supermarchés qui préfèrent vous voir « ailleurs » …

Il n’existe pas, malheureusement, hors les grands axes, des endroits pour stocker les camions et permettre le repos aux chauffeurs sans ressources. Ils ont beau être « sympas », les routiers ne bénéficient pas, à l’instar des matelots, d’un bienveillant « abris du marin » pour faire escale…

Parce que c’est son premier périple à travers l’Europe (Italie, Espagne, France dans la même semaine) il ne s’est pas préparé au camping. Il n’imaginait pas le froid sous nos « latitudes » latines !

Il n’avait pas les moyens d’emporter un réchaud pour faire la popote… pensant manger dans une gargote pour un prix « polonais ».

Il m’explique sa vie au fil de mes questions.

Son travail est incertain : il découvre sa feuille de route le vendredi soir pour le lundi matin.

Il se repose une semaine après avoir sillonné l’Europe trois semaines ou presque.

Ce travail est ce qui se fait de mieux pour un peu mieux gagner sa vie.

Un jour ici, un autre jour là-bas, une errance à travers un territoire inconnu, sans maîtrise de la langue vernaculaire. Son « fil de vie » est son téléphone avec l’employeur qui peut modifier les dates et lieux de livraison, ou d’enlèvement, des marchandises.

Un vrai forçat du bitume !

J’ignore s’il est équipé d’un GPS. Nous n’avons pas évoqué le sujet.

Son employeur est la filiale d’une grosse entreprise française issue d’un secteur privatisé qui ouvre des succursales de part le monde, afin de satisfaire ses actionnaires, au détriment de ceux qui espèrent améliorer leur vie quotidienne, au plus près d’un rêve d’Europe, à laquelle ils sont politiquement intégrés, sans en profiter véritablement.

Il est Polonais, il migre au hasard des livraisons.

Des membres de ma famille sont issus de cette terre de l’Est.

Nous avons sympathisé.

Je l’ai aidé à s ‘équiper d’une couette et il m’a donné des renseignements sur son pays, utiles à mes recherches généalogiques.

Il n’a plus froid et j’ai enfin localisé le lieu de naissance de mon arrière grand-père.

Nous gardons le contact par courriels professionnels (faut-il être riche en Pologne pour avoir une connexion privée ?).

Nous sommes européens et heureux de l’être.

Mamouchka.

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