La Bourse, les dark-pools et les bonus cappés : Casino Royal !

La planète financière n’a de cesse de me surprendre !

Je reviens d’une réunion d’investisseurs qui m’ont éclairés sur trois petites choses qui sauront mettre à mal notre économie réelle pour quelques temps encore …

Tout d’abord, sur les emprunts « toxiques », avec leurs taux variables, constitués comme des mille-feuilles au point d’être appelés « dettes structurées ».

Après avoir provoqué la ruine de nombreuses collectivités territoriales, ajouté une page dans l’histoire de la jurisprudence administrative, accéléré la restructuration de la branche belge d’une banque attachée aux seule collectivités, voici que ces produits redeviennent sages et presque bénéfiques pour les finances publiques.

Et comment cela se peut-il ? Parce que les taux sont détendus à l’extrême, parce que l’argent recommence à circulé à flot mais que trop rares sont ceux qui désirent s’endetter, d’autant que la réforme des collectivités est en cours de discussion …

De fait, je n’entendais plus parler de « swap » avec ou sans pénalité, dans les actes de gestion de la territoriale ! Les taux sont même redevenus tellement avantageux que des grincheux se demandent aujourd’hui pourquoi un tel bruit a été fait à l’époque, voire s’il ne faudrait pas revenir sur les re-négociations pour des taux fixés entre 4 et 6 pour cent, sur 20 ou 30 ans.

Une relecture de la presse à l’époque leur serait des plus salutaire.

Ensuite, le thème des « dark-pool » a été abordé. Ce nom est apparu dans la littérature financière de vulgarisation en même temps que la crise des subprimes. La commission ECON du parlement européen a dû se pencher sur le sujet durant les travaux de régulation des marchés financiers mais je n’ai pas de détails quant aux résultats sur ce point.

Toujours est-il que de nombreuses places financières en rêvent ou y ont succombé.

Quel est l’enjeu ?

La Bourse, en tant qu’institution, permet de lever des fonds pour le compte d’entreprises cherchant à se développer, investir sans passer par une banque, aux ressources moindre (c’était vrai du temps des banques familiales, au 19èm siècle). Cela s’adresse aux investisseurs privés (les petits porteurs) ou institutionnels (les fameux « Zinzins », banques d’affaires, assureurs, fonds divers, à ne pas confondre avec la mamie homonyme d’une chaine cryptée).

Seulement voilà, la Bourse c’est bien, mais c’est ouvert au « tout venant » ! Cela devient vulgaire, l’entre-soi n’y est plus. Donc, certains (Anglo-saxons, rois de la finance, adorateurs de la courbe mathématique, âpres aux gains pour alimenter leurs fonds de pension ou autres) ont inventé les « dark-pool ».

Il s’agit de marchés réservé aux amis, à l’entregens où, grâce à un tuyau (à ne pas confondre à un « initié », quoique …) et des ordinateurs, il est possible de lancer des transactions en grands volumes à quelques nanosecondes avant tout le monde ( le « vulgus pecum ») et gagner plus vite « le milliard » qui fera de vous le nouveau « trader » de l’année.

Mais surtout, la discussion du jour tournait autour des « bonus cappés ».

J’avoue avoir dû me faire expliqué par trois fois le système avant d’en comprendre le fonctionnement.

Je reconnais aussi que l’existence de ce produit appelle à la plus grande réserve pour les investisseurs. Par contre, pour l’entreprise, c’est préférable à l’émission d’actions susceptible de modifier la composition de sa direction …

Techniquement, le « bonus cappé » apparaît dans les brochures d’information dans le même chapitre que les « warrants » tout en relevant, de par sa nature, du régime des obligations.

Traditionnellement, une obligation consiste en un emprunt émis par une société commerciale auprès du public pour un montant et un taux de rémunération connu. Le titre obligataire est négociable sur la place boursière.

Avec le « bonus cappé » le remboursement est calculé selon une formule mathématique. Son montant est donc variable. De plus, ce « papier » est émis par un établissement financier ou une banque. Par ailleurs, la référence à une société cotée ou à un indice (appelé le « sous-jacent ») est un aspect du caractère volatile et spéculatif du produit financier.

La banque émet donc un titre avec un sous-jacent dont on suppose qu’il verra sa cote osciller pour une période donnée entre un plancher et un plafond. Plancher et plafond sont les caps (c’est à dire les bornes, les limites).

Si vous achetez ce produit sur le marché ou lors de son émission, produit lui-même coté, et que vous le conservez jusqu’à son échéance, pour connaître le montant à vous rembourser la banque émettrice regardera si sur la période la limite plancher (fixé d’avance) a été franchie.

Si la limite haute a été dépassée, vous ne recevrez que le montant plafond. C’est votre bonus, ni plus, ni moins.

Si le plancher a cédé durant la période, vous perdez votre « bonus », vous recevrez la valeur du sous-jacent au jour de la liquidation, quelque soit sa valeur … Votre rémunération n’est donc absolument pas garantie. Elle peut être miraculeusement bonne ou catastrophiquement déficitaire par rapport à l’achat du papier d’origine !

Plus vous le conservez, le jour du terme se rapprochant, plus vous jouez à la roulette russe ! Donc, toute la subtilité de la chose, la beauté du geste, le grand art du financier qui prend ce type de « papier » est de l’avoir revendu, avec profit, avant sa liquidation.

Si vous avez parfaitement compris ce que je viens de vous expliquer, vous avez le droit de corser l’affaire avec le « bonus reverse cappé ». Là, comme son nom l’indique, c’est lorsque le plafond est crevé que se trouve l’aléa du revenu alors qu’à la limite du plancher, vous devez vous contenter de votre « bonus » …

Je vous avais averti, les financiers sont des êtres extraordinaires qui parient sur des entreprises produisant de vraies choses, avec de vrais gens risquant à ce « petit jeu-là », leur avenir professionnel, leur maison, leur retraite, leur famille.

La création de la Bourse, formidable marché d’argent frais pour les entreprises dynamiques ou innovantes devient un « lieu sulfureux », selon la rhétorique du 19 ème siècle.

Rome, en son temps connu une telle « inventivité » financière. Elle apporta un terrible chaos à l’occasion d’une crise économique et climatique. Face aux troubles sociaux et politiques, la réponse du Pouvoir fut radicale (il faut croire qu’à l’époque il en avait encore les moyens) : la disparition de la Bourse, entrainant dans sa chute tous les « financiers ».

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4 réponses à La Bourse, les dark-pools et les bonus cappés : Casino Royal !

  1. l'aubergiste dit :

    mamouchka,

    il me semble que dans de nombreux billets toujours aussi instructifs bien que ardus, vous tendriez de plus en plus à des solutions aussi radicales que celle utilisée par le pouvoir romain. Je crois que cela me réjouis.
    le bonjour à votre grand mére

    l’aubergiste

  2. Mamouchka dit :

    Il y a des jours où je me sens l’âme « révolutionnaire ».

    Ce n’est pas tant la Bourse que je souhaite voir disparaitre que l’usage qu’en font certains.
    Ces « certains » sont entr’autres les fonds de pension, les hedge-funds.

    Curieusement, toutes ces structures et institutions sont de droit anglo-saxon. Ces gens ont un choix de société dans laquelle les membres du groupe vivent les uns à coté des autres, Dieu pourvoyant aux plus « méritants » …

    Ce choix social m’est insupportable philosophiquement et antropologiquement : l’Homme est un animal à l’instinct grégaire. Le groupe a toujours été là pour prendre soin de ses membres et faire face à l’adversité.

    C’est là, me semble-t-il, un choc culturel, identitaire voire un conflit de civilisation …

    Pour « l’anecdote » aux Etats-Unis, se sont les places boursières qui financent les entreprises alors qu’en Europe, ce sont les banques.
    De plus, les bourses américaines représentent plus de la moitié des richesses créées… De ce fait, les USA n’ont plus les moyens de les contraindre ou les éradiquer, comme le fit Rome. Cependant, le gouvernement Obama tente l’encadrement de l’activité financière.
    C’est un vaste chantier et un réel défit.

  3. FrédéricLN dit :

    Votre billet est intéressant et stimulant… il s’y glisse peut-être quelques inexactitudes.

    Il ne me semble pas que la particularité des « dark pools » soit la rapidité à la nanoseconde. Si j’ai bien compris, il s’agit plutôt de tapis verts destinés à échanger de très grandes masses de titres « hors circuit normal » pour ne pas déstabiliser les cours. Mais je partage votre réserve face à ce type d’instrument contraire aux principes mêmes du libéralisme, ceux d’un marché institutionnalisé et transparent.

    Quant aux « bonus reverse capés », ils me semble être le complément obligatoire des « bonus capés » : toute règle de type « capé », « assuré », « taux variables mais au sein d’un intervalle », etc., tout ce qui sous-entend une hypothèse de variations « raisonnables », suppose que quelqu’un prenne (achète) le risque que les variations sortent de l’intervalle raisonnable.

    Ce qui ouvre la question des prix relatifs des deux produits … donc de valoriser et quantifier le risque … ce qui devient de la divination ou du panurgisme quand le risque est de nature systémique … et à l’arrivée, le seul gagnant est celui qui a revendu tous les risques et encaissé ses commissions sur toutes les opérations – comme vous l’expliquez.

  4. Mamouchka dit :

    Pour la nanoseconde, je partage votre réserve. Pourtant, un « marché parallèle, entre-soi » fonctionne et comme les nouvelles vont vite (à la fameuse nanoseconde), la « tendance » du dark-pool fait ou défait le marché. C’est un vrai risque de déséquilibre.
    Les sommes engagées sont impressionnantes eu égard au nombre de détenteurs y participant.
    Les bonus cappés ou la version « reverse » sont non pas complémentaires mais du même « moule ».
    Pour le coté « divinatoire », chez les traiders cela s’appelle le « chartisme ». Cela fait plus « sérieux » !
    Ils jouent à l’achat ou à la vente des valeurs selon la forme des graphismes … Le système est ancien, il a été mis au point par les négociants de riz japonais.
    Je me permets deux liens pour détailler le chartisme et ses origines :
    http://www.edubourse.com/guide-bourse/chandelier-japonais.php
    http://cedric.froment92400.free.fr/index.php/backtest-methodologie/le-chartisme/

    Mamouchka.

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