Dossier des retraites : la « propagande » UMP

Devinez ce qui vient de tomber dans ma boite aux lettres ?

Un beau prospectus sur papier glacé, en six pages, façon triptyque, émanant de l’UMP.

Avec le logo bien mis en évidence et un titre des plus outrageusement provocant pour qui connaît le sujet :

« Retraites, une réforme indispensable et juste » …

(Je vous renvoie à la typographie et la police de caractères du tract lui-même.)

J’attire tout particulièrement votre attention sur le fait que la réforme est en cours de discussion au parlement, avec l’ambiance que l’on sait à l’assemblée nationale.

Pourtant l’UMP présente comme votée cette version !

Mais alors, question naïve, à quoi servent les discussions, débats et amendements des représentants du peuple ? A rien ? Sauf à nous faire croire que nous sommes encore en démocratie ?

Pour mémoire, je rappelle que cette méthode a déjà été utilisée et dénoncée lors du lancement du spot publicitaire « spécial retraites » de l’UMP, au début du mois de juillet dernier.

Mais revenons au tract.

Déjà, pour le mot « indispensable », je tique car si le déficit existe, le calendrier de la réforme précédente (2003) prévoyait de revoir le sujet en 2012.

Pour ce qui est de la « justesse » ou la « justice » de la réforme, je tique encore. Il y a matière à contestations que je développerais plus loin.

Le premier point demande « pourquoi faut-il réformer ? ».

La réponse tient en deux points :

  • Parce qu’il y a moins d’actifs pour supporter le financement que de retraités pensionnés qui vivent plus longtemps « et c’est une très bonne nouvelle» (je vous laisse appréciez la lecture novlangue qui inverse toute les valeurs …ce qui laisse également supposé que le système de répartition, basé sur la solidarité inter-générationnelle est « insupportable », au propre comme au figuré).
  • Parce que le déficit a atteint 32 milliards d’Euros et qu’en 2020 il « pourrait » atteindre les 45 milliards. (« pourrait » n’est pas « certitude », surtout dans 10 ans, alors que tout va si vite, pour le meilleur et pour le pire. « pourrait », annonce une menace sourde. Ensuite, la charge financière est un critère comptable pour envisager la réforme, critère utilisé avec les critiques que l’on sait dans la réforme hospitalière, dite de la T2A.

Arrive l’exposé qui pose comme postulat la question du choix entre trois « leviers possibles » pour remédier techniquement au problème :

  • Baisser le montant des pensions « et il n’en est pas question » (ouf, j’avais compris le contraire !)
  • Augmenter les cotisations entrainant mécaniquement une baisse de salaire ( ce qui est électoralement insupportable) ET freinerait la compétitivité des entreprises (corrélation entre la part patronale et la part salariale, induisant aussi l’augmentation des charges sociales relevant en comptabilité des comptes 43 et 645, différentes de la masse salariale relevant des comptes 42 et 641 induisant une augmentation des prix des produits et services à vendre).
  • Il ne reste donc que l’allongement de la période durant laquelle il faut travailler et cotiser, choix déjà retenu par nos voisins européens (c’est bien de copier, mais sur qui ? Selon quel modèle social, selon quelle contrainte – démographique, financière, économique ?) ! Mais que les âmes sensibles se rassurent ! « Nous vivons beaucoup plus longtemps, nous pouvons donc travailler un peu plus longtemps » … Elle est pas belle la vie ? Un si petit effort dans une si longue vie !

Personne ne se demande si ce n’est pas parce que l’on part à 60 ans que l’on vit mieux et plus vieux qu’ailleurs ! Notez au passage que concernant les trois leviers , nous y aboutirons de toute façon !

Il s’ensuit le dogme « simple et de bon sens » (sic) :

le problème est démographique, sa solution aussi.

Comme nous vivons plus, nous travaillerons d’autant !

Malheureusement, le dossier des retraites n’est pas qu’un soucis comptable (sous réserve qu’en plus ses recettes ne soient pas réduites) il relève du projet politique et de la place des aînés dans le groupe.

Faut-il que chacun vive à coté de l’autre sans s’en soucier, quel que soit son âge ou sa situation ? La notion d’entr’aide, de solidarité de voisinage ou de génération n’ont pas été déployées lors de la canicule de 2003. Nous avons tout de suite constaté les effets désastreux de ce manque d’attention : la surmortalité des anciens les plus fragiles et isolés.

Les pages suivantes développent les thèmes repris ci-dessous :

Relever l’âge de départ

A compter du 1er juillet, il faudra ajouter 4 mois d’activité supplémentaires avant de partir à la retraite, jusqu’à ce qu’en 2018 arrive les 62 ans exigés. Il y a donc une progression. A chaque année de naissance, son fardeau supplémentaire … Quand on connaît la difficulté des quinquagénaires à conserver un poste selon leurs compétences et leur carrière, il est facile de constaté qu’une économie supplémentaire de cotisations va se faire sur leur dos.

Plus de justice

« Le dispositif carrières longues, jusqu’à présent réservé à ceux qui ont travaillé dès 16 ans sera étendu à ceux qui ont débuté à 17 ans » . J’avoue que la phrase me laisse grandement perplexe car elle sous-entend qu’un apprenti ayant débuté (à la suite d’un quelconque problème de parcours de formation ) avec un an de décalage ne bénéficie pas de cette amélioration ? J’aimerai bien que des informations me soient fournies ! Combien de personnes ce dispositif vise-t-il ?

Et puis, un droit nouveau est créé avec la prise en compte de la « pénibilité », sans équivalent en Europe … Vraiment, nos dirigeants prennent bien soin de nous !

« cette mesure est sans équivalent » : c’est vrai ! Les autres pays, comme nous jusqu’à maintenant, disposent de conventions collectives qui reconnaissent d’emblée à des professions le caractère pénible ou invalidant, parfois directement selon les critères de l’O.I.T (organisation international du travail, classement par pays ), Désormais, avec la réforme, nous n’aurons plus cette reconnaissance générale. Il faudra faire reconnaître son handicap pour motif professionnel (à ne pas confondre avec la maladie professionnelle qui apparaît souvent après l’activité …) auprès de ce qui restera de la médecine du travail, si la réforme qui la vise, « aboutit à la situation en vigueur sous Vichy » selon le témoignage du président de la profession, à l’émission « le magasine de la santé » de cette quinzaine du mois.

Améliorer l’emploi des seniors

Augmenter « l’âge légal permettra d’améliorer le taux d’emploi des seniors». C’est un axiome … le tract s’arrête là. Le manque d’inspiration, je ne vois que cela.

Malgré tout, si cela ne marche pas, la réforme dispose d’une incitation supplémentaire : l’aide (donc entendez « allègement de charges », à l’efficacité douteuse déjà relevée par la cour des comptes en février 2009 : Les allègements et exonérations de charges sociales ) à l’embauche, d’une durée d’un an pour les entreprises recrutant un chômeur de plus de 55 ans.

Il y aura également l’incitation au tutorat, sans que le tract ne fasse d’autre développement.

Public/privé : plus d’équité

En dépit des spécificités et des exigences de certaines professions « publiques », tout le monde devra faire l’effort de travailler plus longtemps. C’est la fin de la retraite anticipée pour les militaires et les policiers de 50 à 55 ans. C’est bien dommage d’avoir cité ces métiers-là, parce que d’un point de vue pratique, il faut une condition physique particulière !

Le taux de cotisation (part salariale) sera relevé de 7,85 à 10,55%, sur 10 ans. Cela revient à dire que le salaire net du fonctionnaire sera progressivement amputé par le prélèvement social. Il s’agit donc d’une réduction de salaire « pour la bonne cause (?!) ». S’il est vrai que les fonctionnaires cotisent moins, profitent de la solidarité de la caisse des salariés du privé pour toucher leur pension quand la caisse de l’Etat peine à trouver les fonds (cf. rapport de la Cour des comptes en 2004 ), je voudrait bien connaître la part des « petits salaires » (pour cause de diverses primes non réintégrées dans le calcul des points) et leur montant moyen par rapport à ceux du privé. Parce que pour ce qui est de rémunérer ses salariés, l’Etat, ses entreprises (la Poste, la SNCF, le milieu hospitalier et la recherche) et les collectivités locales sont particulièrement négligents. Je ne compte plus le nombre de témoignages sur les contrats à temps partiel, pas toujours choisis, ou les contrats à durée déterminée empilés des dizaines d’années durant dans le seul but de ne pas titulariser les agents (encore un exemple récent dans la presse). La présentation par ce tract de cette réforme des retraites en évoquant l’équité, alors qu’elle « tire vers le bas » et accroit les inégalités, m’inquiète particulièrement pour l’avenir et pour le signal qu’elle donne aux dirigeants des entreprises.

Cette inquiétude se renforce à la lecture de la disparition annoncée du dispositif de départ anticipé sans condition d’âge pour les parents de 3 enfants ayant 15 ans d’ancienneté. Si nous ne sommes pas forcés d’apprécier ce régime de « faveur », sa disparition va encore dans le sens de la remise en cause d’une politique « nataliste », reconnue comme favorable à la consommation des ménages, au soutien du renouvellement des générations … et des cotisants. De plus, il renforcera à terme la précarité des femmes qui connaissent une carrière avec des « trous », des temps de travail rarement à horaires pleins, sans oublier les inégalités de salaires (malgré les grilles) avec leurs collègues masculins et les pensions de réversion. Cette remise en cause a été justifiée par le premier ministre lui-même par le fait que « le choix d’avoir des enfants suspend le temps de cotisation. Ce défaut de cotisation temporaire ne doit pas être pris en charge par les autres salariés » (c’est à dire les hommes en général, les pères en particulier … de la goujaterie doublée d’un refus de mutualisation du financement !).

Et pourquoi ne pas remettre à plat les régimes présentés comme « indus » par Philippe Seguin dans le N° 1839 du point du 13 Décembre 2007 p.85 ? Cela constituerait véritablement un exemple de pure équité !

Davantage de solidarité

« Les mécanismes de solidarité seront renforcés » … Pour les femmes, les indemnités journalières de congé maternité seront comptés dans les revenus pour la retraite. C’est un superbe mélange des genres ! Tout ce qui relève des indemnisations constitue le « secours » et non pas une rémunération en contrepartie d’un travail. Cet amalgame avait déjà fait l’objet d’une controverse il y a quelques années au sujet des indemnités (chômage ou maladie) imposables.

Les jeunes « précaires » se verront attribués 6 trimestres d’activité en cas de chômage non indemnisé, contre 4 actuellement. Sans doute, mais qu’est-ce qu’être précaire ? Est-ce un chômeur n’ayant jamais travaillé, ou un peu, un certain temps ? Aucune précision !

Toujours ce même flou lorsqu’il s’agit de « faciliter l’accès » au minimum vieillesse aux agriculteurs. Parce qu’en tant que telle, cette appellation n’existe plus depuis 2007 ! Ensuite, l’accès à ce secours réformé en 2007 est déjà ouvert à tous !

Enfin, le cas des poly-pensionnés dont le sort ne serait pas enviable et pour lesquels, « le gouvernement s’engage à améliorer les conditions » …

Mieux informer pour choisir

Les nouveaux cotisants auront un livret d’information :

Cela risque de casser l’enthousiasme du jeune actif qui voit déjà ce qu’il l’attend …

Dès 45 ans, un point sera fait pour que le cotisant sache où il en est :

A croire que l’on est déjà vieux … donc licenciable à cet âge ! C’est aussi une incitation à se tourner vers les assurances privées via le PERCO et autres pour essayer d’améliorer la pension avec une rente ou un capital. C’est de l’incitation pure et dure à passer au régime de capitalisation et les compagnies privées des assurances en tout genre.

Parce qu’à partir de cet âge, selon le calcul de certains, la maison est payée et les enfants ne sont presque plus à charge ?!

A tout moment, il sera possible de faire un relevé de carrière sur internet :

Afin, sans doute de mieux « piloter à vue » l’auto-financement de ses vieux jours, comme d’autres surveillent au jour le jour les cours de la bourse pour leur portefeuille de valeurs financières ?!

Assurer le financement

Fiscalisation renforcée sur la tranche marginale de l’IRPP + 1% ! soit un taux de 41% à prévoir dès que l’on passe les 65000 € environs …

Quant aux stock-options (déjà taxée depuis « peu ») les pourcentages seront réévalués, sans précision.

Concernant les retraites-chapeaux (financées par l’employeur sans aucune cotisation de la part de « l’employé ») une contribution sociale sera portée à 14%, à la charge du bénéficiaire. Mais la mesure est-elle pertinente ou efficace sachant qu’un décret a décidé de leur suppression dans les secteurs aidés par l’Etat pour faire face à la crise née des subprimes, jusqu’en 2010 ?! La taxation à 14% est-elle également efficace pour décourager le système ?

Concernant les revenus du « capital » , le PLF (prélèvement forfaitaire, CSG et CRDS ) sera augmenté de 1%, ce qui lui fera passer le cap des 31% …

Les dividendes seront également touchés, sans précision, dans le cadre de l’IRPP, en contradiction avec le système du PLF … Ce qui avantage encore ceux qui sont plus lourdement imposés (plus de 30% pour le taux marginal d’imposition).

Enfin, les plus-values de cession de valeurs mobilières de placement seront taxées dès le premier Euro, fini l’abattement.

Concernant les niches sociales des entreprises, il y aura un forfait calculé annuellement.

Cela nous est présenté comme une avancée de l’équité entre les entreprises. Désolée, mais là, c’est se moquer du monde ! Comment parler d’équité quand les plus grandes entreprises sont connues pour être les championnes de l’évasion fiscale ?!

Quoi qu’il en soit, ces prélèvements sur « les riches » se feront hors bouclier fiscal … Est-ce le signe que le financement est tendu et que tout le monde fait des efforts, chacun à sa mesure ? Je n’en suis pas persuadée .

Donner confiance aux Français

J’ai cru que j’allais lire des arguments de réconfort … et je ne lis que des chiffres expliquant comment le déficit du régime des retraites sera enfin comblé en 2018 !

J’ignorais que l’argent avait cet effet là en cas de déficit !

Ce que la réforme va changer pour eux (6 exemples personnalisés)

Je constate qu’il y a un bel éventail de cas pour les âges mais pour les cursus de formations il y a un gros problème : je ne vois pas de diplôme d’études longues ! Jugez par vous même :

Un agent commercial de 60 ans, un cadre supérieur de 52 ans, une ouvrière de 56 ans, un boulanger de 48 ans, une « agent des impôts » de 26 ans et un mécanicien de 25 ans …

C’est bien embêtant parce que pour les emplois cités en référence, à en croire le tract, tout n’est pas si terrible !

Par contre, ne pas citer des cas de diplômés me laisse à penser que la réforme leur est défavorable en l’état et qu’il sera nécessaire à ces salariés de recourir à un régime complémentaire de pension … et cela remet en cause la structure de la retraite par répartition au profit de celle par capitalisation, accessible aux seuls « hauts revenus » …

La dernière page, saturée par la couleur rose, est exclusivement consacrée aux « mensonges du PS ».

la tête d’un jeune aux cheveux fixés par le gèle, avec une main brandie, sans doute pour nous en protéger (genre « touche pas à mon pote »). La physionomie du visage me renvoie à l’expression « tête à claques » …

Le contenu des critiques vise le parti socialiste « intuitu personnae » et non le contenu de ses propositions. A défaut de débat, je ne me joindrais pas à ces attaques qui pour certaines, me paraissent particulièrement malveillantes.

Mamouchka.

Pour aller plus loin dans le débat :

Le cas des Pays-bas :

http://www.metiseurope.eu/les-pays-bas-en-plein-debat-sur-penibilite-et-age-de-la-retraite_fr_70_art_28801.html

la notion de travail :

http://droit.univ-lille2.fr/enseignants/villalba/cours_PSC/Psc_chap_Travail.htm

Après les médecins du travail, les inspecteurs du travail :

http://sudtravail.joueb.com/news/quelle-inspection-du-travail

La souffrance au travail :

http://alain.laurent-faucon.over-blog.com/article-14083928.html

Ce que propose le PS :

http://www.parti-socialiste.fr/retraites

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Une réponse à Dossier des retraites : la « propagande » UMP

  1. Marie THUREAU dit :

    Les mères de trois enfants ont été priées d’annoncer la couleur avant le 31 décembre pour pouvoir bénéficier du « privilège » lié au fait qu’elles ont contribué au dynamisme démographique de la France ! Du coup, certaines ont commencé à réfléchir, à évaluer leurs droits, à faire des dossiers !

    Mais voilà, l’imprévoyance incroyable de nos dirigeants s’est, une fois de plus, trouvée illustrée par le nombre de personnes souhaitant partir ! On m’a raconté aujourd’hui que dans certains services de notre hôpital, c’est presque la moitié du personnel soignant qui comptait prendre sa retraite avant juillet 2011 !!!!

    Des hôpitaux sans personnel, ça fait froid dans le dos ! C’est donc seulement dans 5 ans qu’il ne sera plus possible de bénéficier de trimestres supplémentaires quand on est mère d’au moins trois enfants !

    Il faut dire qu’évaluer le nombre de personnes potentiellement concernées, cela semble bien difficile !!! Ce qui est sûr, c’est qu’on a frôlé la catastrophe !

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